Les phoques sont la signature vivante de la Baie de Somme. Ils ne sont ni cachés ni lointains : on les voit depuis la côte, gratuitement, à condition de venir au bon moment de la marée et de rester à distance. C’est même la seule façon correcte de les approcher, parce que ce que l’on observe est précisément ce qu’un promeneur trop curieux fait disparaître : des animaux au repos, hissés sur un banc de sable. Voici où se poster depuis notre camping en Baie de Somme, à quelle heure, avec quel matériel, et pourquoi la règle des 300 mètres n’est pas une formalité.
En bref
La Baie de Somme abrite la plus importante colonie de phoques veaux marins de France métropolitaine, à laquelle s’ajoutent des phoques gris. On les observe au repos sur les bancs de sable découverts, ce qui impose une règle simple : venir autour de la marée basse, dans la fenêtre des deux heures qui l’encadrent. Trois points d’observation depuis la terre, tous gratuits et sans réservation : la pointe du Hourdel sur la rive sud, la pointe de Saint-Quentin au Crotoy et la plage de la Maye sur la rive nord, les deux dernières étant les plus proches du camping. Des jumelles sont indispensables : la distance de quiétude de 300 mètres autour des reposoirs est réglementaire. De mi-juin à mi-juillet, les naissances de veaux marins rendent la colonie particulièrement vulnérable. Et l’on ne s’engage jamais seul sur les bancs de sable : marée montante rapide et sables mouvants.
Sommaire
Deux espèces cohabitent dans l’estuaire, et l’on ne regarde pas la même chose selon celle que l’on a devant soi.
Le phoque veau marin (Phoca vitulina) est l’espèce majoritaire et la raison d’être de la colonie. Il est présent toute l’année, ne migre pas, et met bas ici même. Silhouette compacte, tête ronde, museau court et légèrement concave, narines en V. À la longue-vue, on le reconnaît à son profil « en banane » quand il se repose : tête et arrière-train relevés, ventre posé sur le sable.
Le phoque gris (Halichoerus grypus) est apparu en Baie de Somme à l’été 1988 et n’a plus quitté les lieux. Il est nettement plus grand, et son museau allongé et rectiligne lui vaut son surnom de « tête de cheval ». Ses narines sont parallèles, pas en V. Il met bas en hiver, à l’inverse du veau marin.
Le chiffre bouge chaque année et mérite d’être cité avec sa date. Le recensement aérien du 8 juillet 2021, mené par survol en hélicoptère entre Calais et la Baie de Somme, a dénombré 885 phoques veaux marins et 312 phoques gris sur l’ensemble de la façade. La Baie de Somme en concentre la plus grande part et constitue la première colonie de veaux marins de France métropolitaine.
Le suivi est continu : Picardie Nature réalise un comptage par décade de mi-septembre à mi-juin, et un comptage quotidien de mi-juin à mi-septembre, période des naissances. C’est ce travail de terrain, mené depuis les années 1980, qui a documenté le retour de l’espèce sur les côtes picardes.
Les phoques se rassemblent sur des reposoirs, ces bancs de sable que la mer découvre à marée basse et sur lesquels ils se hissent pour dormir, muer et allaiter. Ces bancs bougent au fil des saisons, mais trois points de la côte permettent de les observer depuis la terre ferme, sans marcher sur l’estran, sans réservation et sans rien payer.
| Point d’observation | Rive | Marée | Depuis le camping |
|---|---|---|---|
| Pointe du Hourdel | Sud | Basse mer ±2 h | ~45 min en contournant la baie |
| Pointe de Saint-Quentin | Nord | Basse mer ±2 h | Quelques minutes, par Le Crotoy |
| Plage de la Maye | Nord | Basse mer ±2 h | Une dizaine de minutes |
C’est le point le plus connu de la baie, et le plus fréquenté. Le chenal de la Somme passe au plus près de la pointe : par bonne visibilité, on distingue les phoques à l’œil nu, ce qui n’arrive nulle part ailleurs aussi facilement. On se gare près du phare, on marche quelques centaines de mètres sur les galets, et l’on s’installe face au chenal.
Le revers : en juillet et en août, la pointe est noire de monde. Et depuis le camping, il faut contourner toute la baie par Noyelles-sur-Mer et Saint-Valery-sur-Somme, soit environ trois quarts d’heure de route. C’est une sortie à la journée, pas une fin d’après-midi improvisée.

C’est le point d’observation de la rive nord, et le plus accessible depuis le camping. Depuis Le Crotoy, on longe la plage vers le nord jusqu’à la pointe, là où l’estuaire s’ouvre. Les reposoirs se trouvent en face, sur les bancs qui émergent à marée descendante.
La marche se fait dans le sable, comptez une bonne demi-heure aller depuis le parking du Crotoy, et beaucoup moins de monde qu’au Hourdel. Les jumelles sont ici indispensables : la distance de vision est plus grande. C’est le choix que nous recommandons pour une première sortie, notamment en séjour au Crotoy.
À Saint-Quentin-en-Tourmont, la Maye (à 300 mètre du Camping les 3 Sablières) ouvre sur une immense étendue de sable que la mer découvre très largement. On y accède par le parking de la Maye, et l’observation se fait face au large, souvent en compagnie d’oiseaux limicoles qui fréquentent le même estran.
C’est le point le plus sauvage des trois, et le plus exposé au vent. Prévoyez un coupe-vent même en plein été. La plage borde le domaine du Marquenterre : si l’observation ornithologique vous tente aussi, elle se prolonge naturellement sur la journée.

C’est le point que l’on néglige le plus souvent, et c’est celui qui décide de tout. À marée haute, les phoques sont à l’eau et invisibles depuis la côte. Ils ne se hissent sur les bancs qu’à mesure que la mer se retire, et ils repartent avec le flot. Venir à la mauvaise heure, c’est ne rien voir, quel que soit le point d’observation choisi.
Visez la période qui va d’environ deux heures avant la basse mer à deux heures après. Dans cette fenêtre, les bancs sont découverts, les animaux sont installés, et la lumière a le temps de tourner. Arriver une heure avant la basse mer permet de voir la colonie s’installer, ce qui est souvent le plus beau moment.
Un grand coefficient découvre davantage de bancs, mais il éloigne parfois les reposoirs du rivage : on voit plus de sable et des phoques plus lointains. Les coefficients moyens sont souvent plus confortables pour une observation depuis la terre. À l’inverse, les très grandes marées sont un spectacle en soi pour découvrir l’estran.
Consultez les horaires officiels du SHOM pour le port de référence le plus proche, et gardez en tête que la basse mer n’a pas lieu à la même minute au Crotoy, au Hourdel et à Saint-Valery-sur-Somme. Un décalage de quelques dizaines de minutes suffit à manquer le moment. Les offices de tourisme de la baie affichent également les tables de marée de la saison.
La colonie est visible toute l’année, mais l’expérience n’est pas la même d’une saison à l’autre.
| Période | Ce que l’on voit | Affluence |
|---|---|---|
| Mars à mai | Colonie au complet, oiseaux migrateurs en prime | Faible |
| Mi-juin à mi-juillet | Naissances de veaux marins, mères et jeunes | Forte |
| Août | Jeunes sevrés, colonie très active | Maximale |
| Septembre et octobre | Effectifs élevés, mue, lumière rasante | Modérée |
| Novembre à février | Naissances de phoques gris | Très faible |
Si vous avez le choix, venez en septembre ou en octobre. Les effectifs sont hauts, la lumière d’arrière-saison est incomparable sur l’estuaire, les parkings sont libres, et l’on peut rester une heure sans croiser trois groupes bruyants. C’est aussi la période où la Baie de Somme se visite à prix doux.
La période des naissances, à l’inverse, demande une vigilance particulière. Un jeune veau marin dérangé peut être séparé de sa mère et ne pas la retrouver. C’est exactement pour cette raison que des bénévoles sont postés sur l’estran chaque été.

La règle tient en un chiffre : 300 mètres. C’est la distance de quiétude à respecter autour des reposoirs de phoques. Recommandée par Picardie Nature depuis plus de vingt ans sur la base de l’observation du comportement des animaux, elle est aujourd’hui inscrite dans la réglementation qui encadre la réserve naturelle de la Baie de Somme.
À pied, en kayak, en paddle, à cheval ou en bateau : la distance est la même. Les embarcations qui naviguent dans la bande des 300 mètres sont en outre limitées à 5 nœuds, et le débarquement sur les bancs de sable à proximité des reposoirs est interdit. Le survol par drone est à proscrire : c’est l’une des perturbations les plus efficaces qui soient sur une colonie au repos.
Un phoque qui se met à l’eau parce qu’un promeneur approche ne fait pas que « bouger un peu ». Il interrompt un repos qui lui est nécessaire, et pendant la période d’allaitement, il peut abandonner son petit. Répété plusieurs fois par jour tout l’été, le dérangement a un coût réel pour la colonie. La loi protège d’ailleurs ces animaux : la perturbation intentionnelle, comme la destruction de leurs sites de repos et de reproduction, est interdite.
Ne vous approchez pas, ne le touchez pas, ne tentez pas de le remettre à l’eau, et éloignez les chiens. Un jeune phoque au repos sur le sable est un cas fréquent et normal. En cas de doute, ou face à un animal manifestement blessé ou échoué, prévenez l’Observatoire Pelagis au 05 46 44 99 10, seul habilité à déclencher une intervention. L’ancien numéro « SOS phoques » n’est plus en service.

C’est libre, gratuit, sans réservation, et cela suffit largement à voir les phoques. Avec des jumelles et la bonne heure de marée, une sortie à la pointe de Saint-Quentin ou au Hourdel donne de très bons résultats. C’est la formule à privilégier pour une première fois, et la seule vraiment praticable avec de jeunes enfants.
Chaque été, Picardie Nature déploie une surveillance estivale pendant la période des naissances : des bénévoles sont postés sur l’estran, à 300 à 500 mètres de la colonie, équipés de jumelles et de longues-vues. Ils comptent les animaux, identifient les couples mère-jeune, veillent au respect de la distance et répondent aux questions des promeneurs. En 2026, ce dispositif a couru du 25 mai au 17 août. Hors de cette période, l’observation se fait en autonomie.
Des guides nature proposent des traversées commentées vers les abords des reposoirs. L’intérêt n’est pas de s’approcher davantage, puisque la distance reste la même, mais d’être accompagné sur un terrain dangereux et de comprendre ce que l’on regarde. Réservation obligatoire, durée de deux à quatre heures selon la formule. Passez par l’office de tourisme de la Baie de Somme pour identifier les guides qualifiés.

Un téléobjectif court ne donnera rien de bon à 300 mètres : si la photo vous importe, prévoyez une focale longue, sinon profitez simplement de la scène aux jumelles.
La baie est magnifique et elle est dangereuse. Les deux vont ensemble, et l’oublier coûte cher chaque année.
Elle ne remonte pas en ligne droite depuis le large : elle remplit d’abord les chenaux, qui se referment derrière vous. On peut ainsi se retrouver isolé sur un banc alors que la mer paraît encore loin devant. La vitesse de remontée sur les grandes étendues plates est bien supérieure à ce que l’on imagine.
Ce ne sont pas une légende locale. Certaines zones de vase saturée d’eau piègent un marcheur en quelques secondes. Elles ne se signalent pas à l’œil nu, et leur emplacement change.
Sur un estran sans repère, elle désoriente en quelques minutes. Ne partez pas si la visibilité se dégrade.
La règle à retenir
On observe les phoques depuis la côte. On ne s’engage jamais seul sur les bancs de sable, quelle que soit la saison, quelle que soit la marée, et même si d’autres promeneurs le font devant vous. Pour marcher dans la baie, on passe par un guide.

Le camping est installé à Saint-Firmin-lès-Crotoy, entre Le Crotoy et Saint-Quentin-en-Tourmont. Les deux points d’observation de la rive nord sont donc à portée immédiate : la pointe de Saint-Quentin en passant par Le Crotoy, la plage de la Maye une dizaine de minutes plus loin.
La demi-journée type : on cale le départ sur l’heure de basse mer, on observe une bonne heure, et l’on rentre par la plage du Crotoy. Le reste de la journée se remplit tout seul, entre les itinéraires vélo de la baie et les autres sites à découvrir. Si vous restez la semaine, notre itinéraire de sept jours en Baie de Somme intègre cette sortie au bon moment du séjour.
Pour l’arrière-saison, qui est la meilleure période d’observation, consultez nos emplacements et nos mobil-homes en Baie de Somme.
Sources : Picardie Nature (programme d’étude et de protection des phoques de la Baie de Somme, surveillance estivale), Parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d’Opale (recensement aérien du 8 juillet 2021), Observatoire Pelagis (réseau national échouages), SHOM (horaires de marée).
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